Geneviève Chincholle-Quérat
Analyste Jungienne
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Vient de paraitre : Les affranchis (Extrait)

Ulysse, « un éternel retour » ( Les affranchis, Chapitre deux). Publié aux éditions l’Harmattan.

Je n’ai jamais tout à fait compris ce que voulaient dire ces mots, mais comme je suis plus poète qu’analyste, je les ai souvent roulés dans ma bouche, dans mon cœur, comme s’il s’agissait bien d’un « éternel retour » et de devenir « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre ».

Qu’est-ce qui est différent, vraiment différent, entre le jeune Ulysse qui part à la guerre de Troie, et celui que retrouve Pénélope vingt ans de galères plus tard ? Sommes-nous vraiment différents de l’enfant que nous fûmes, ne cherchons-nous pas, vous et moi, cet « inaltérable » de soi… ? Quelque chose ou quelqu’un existant de toute éternité, avant, pendant, après, que rien ne peut détruire réellement, qui nous dépasse et dont nous ne sommes pas maîtres… ? Quelque chose qui naît, se forge, dans la coupe de notre humanité, de nos pertes et de nos découragements, dans la houle et les vagues qui nous chavirent, à l’émergence de notre continent noir, de la nuit et du désespoir ?

Quelque chose qui se forme en nous pour pouvoir vivre tout de même, coûte que coûte… Quelque chose qui se sculpte en face du prédateur et des évènements qui nous font violence… Quelque chose que l’on laisse grandir par goût de la vie plus que par obligation, à la maturité de l’existence… ?

Goût de participer, de créer, de grandir, d’apprendre.

Nécessité de « donner du fruit ».

Je sais au plus profond de moi que je suis venue pour apprendre, pour naître à chaque jour, pour être là, enfoncer mes racines dans la terre et me laisser pousser vers le ciel, comme un arbre, un arbre voyageur. La mort est ma compagne dans toutes les transformations et les alchimies de mes saisons intérieures, elle me laisse le temps nécessaire et précieux de l’apprentissage et de l’initiation, mais aussi elle m’éduque et me pousse vers moi-même par de successifs sevrages, la vie est un miracle, terrifiant, merveilleux.

Je sens les deux mouvements en moi-même, celui du départ et le travail intérieur de détachement que demande ce départ vers ce qui fut ma maison « de toute éternité », et l’approfondissement de ma participation à la vie terrestre et à sa « charnalité ». Travail d’implication et d’incarnation, de présence et de créativité, d’acceptation de la nature et des affectivités qui nous lient et relient les uns aux autres, en même temps.

Reconnaissance des engagements, affectifs, sociaux, personnels et collectifs. Le temps est fini d’une spiritualité désincarnée qui nous divise et nous désagrège, nous détruit et ne parle que de détachement.

Vienne le temps de l’amour du corps, de l’apaisement des instincts, du travail du jardin des délices et des saveurs de l’existence, vienne le temps…

Amour aimant du ciel et de la terre, de l’ombre et de la lumière…

Ulysse a fait le voyage, le Voyage plutôt. Et le voyage a donné l’occasion à Ulysse de se connaître et de se transformer, d’être à la fois participant de l’éphémère et de l’éternel, du mouvement et de l’immobile. Le Voyage qui nous fonde à notre réalité ultime, celle que nous cherchons tous, parfois même sans le savoir.

Son histoire a fait rêver l’enfant que je fus et me fait toujours rêver à ce jour. Pour moi qui suis guidée par les rêves depuis plus de vingt ans, le récit de ce voyage me parle comme un grand rêve, des merveilles et des dangers de l’inconscient. Dans ma vie, celle des autres, celles des personnes qui me consultent comme analyste et viennent chercher de l’aide, ou simplement du sens à leur vie, j’ai rencontré la souffrance, des pièges, des dangers, des folies, des errances du désespoir. Dans l’adversité et l’initiation au naître et au mourir, j’ai appris à prendre pour début ce qui est fin pour d’autres.

Je suis en quelque sorte le skipper demandé sur des bateaux en partance pour de longs voyages. Voyages de connaissance de soi. Constructions toujours inachevées, bien entendu. C’est quelque chose plus de l’ordre du destin qu’un choix personnel. Si j’avais eu le choix, je me serais sans doute choisi une vie plus simple. Mais je ne regrette rien car le voyage m’a fait et j’ai fait le voyage, avec passion.

Je ne sais si celui qui ne s’est pas vraiment égaré bien des fois a la possibilité de se trouver dans cet ici et au-delà de lui-même. Je ne sais si celui qui n’a pas traversé la nuit la plus noire connaît le bonheur de l’aurore…

Je viens vous parler aujourd’hui d’un ici qui ne soit pas un enfermement mais une présence à soi, un enracinement, et d’un ailleurs qui ne soit pas fuite mais ouverture à l’inconnu et à l’altérité. L’altérité débute ici, trouve sa source dans notre propre terre, que nous connaissons peu, en réalité.

Faire le tour de soi-même…

Ulysse a-t-il fait le tour du monde, le tour d’une île, le tour de lui-même ? Lui a-t-il fallu la malédiction de Poséidon pour découvrir la force et la ruse, l’amour, tout ce qui peut être plus fort que la mort et le ramena vers son amour ?

Jung a donné un nom à ce voyage. Il l’a appelé « voyage d’individuation ». C’est un voyage qui n’a pas de fin, du moins à cette heure de notre humanité. La vie a toujours été d’une extrême inventivité, depuis le big-bang et la toute première cellule, nous sommes et faisons partie d’une aventure extraordinaire, d’un fabuleux voyage, d’une transformation permanente. En sentez-vous le prodigieux mouvement, savez-vous de quel fabuleux voyage vous êtes l’hôte et le créateur à la fois ? C’est merveilleux. Terrible et merveilleux. Du point de vue de l’éternité, notre vie est un souffle, un rêve.

Nous sommes ensemble dans le grand labyrinthe à ciel ouvert qu’est notre vie, notre monde, où chacun cherche son Minotaure, pour en venir à bout, et rejoindre son Ile.

Un jour viendra où nous saurons que nous ne sommes que de passage sur terre, venus pour apprendre, nous transformer, nous serons infiniment moins barbares et beaucoup plus légers dans ce théâtre qui ne nous parle que de nous-mêmes. Un jour, nous arriverons à vivre les uns avec les autres à partir de la richesse de nos différences et non de leur aplanissement.

Bien sûr, nous allons grandir et passer ces étapes et les pièges dans lesquels nous nous trouvons tous aujourd’hui, comme Ulysse.

Bien sûr, chacun de nous participe à passer l’épreuve, la dépasser, chacun de nous est relié au grand tout et responsable de ce qui se passe. Et chacun de nous a sa place.

Celui qui acte, même parfois avec conviction et brutalité, pour préserver les espèces animales en danger. Celui qui médite en silence à l’aurore dans sa chambre. Celui qui arpente la planète et vit avec les Indiens, celui qui écrit ses rêves, celui qui élève ses enfants, celui qui écrit des livres. Celui qui peint, celui qui chante, chacun selon sa nature et son âge, chaque être qui se bat et se construit dans le respect de la nature et de la vie. Chacun a sa façon suivant ses inclinations, le musicien, le comptable ou le politique, la mère de famille… Chacun a son importance et sa place dans le grand voilier que nous partageons tant bien que mal pour la traversée que nous sommes venus faire ensemble. Ensemble, semblables et si riches de nos différences innombrables, de la totalité de nos langues, de nos coutumes, de nos connaissances. Quel bonheur est et sera le passage du « monde qui domine et du monde dominé », du jeu de la victime et de son bourreau, l’un nécessaire à l’autre bien entendu, vers un monde capable de réceptivité, de féminité dirais-je même, un monde capable de relation, de partage, de conscience oserais-je dire, mais d’une conscience non « asséchante » et respectueuse de la nature et de toute son « humidité » !

Nous sommes devenus tellement pauvres, nous, le « peuple tête », divisés, inquiets devant la remontée de nos ombres, nous qui préférons encore jouer et rejouer les partitions de la victime et de son bourreau en trouvant toujours des supports à nos ombres niées, plutôt que de nous mettre debout en reconnaissant ce que nous sommes à part entière… Fils et filles de l’ombre et de la lumière, comme un arbre plonge ses racines dans la terre noire, profonde et féconde, et remonte au ciel feuillages, fleurs et fruits. Nous qui voulons être parfaits, affranchis des instincts, de l’ombre, mais pas « complets ». Nous qui vivons couchés plutôt que debout, qui si souvent rêvons notre vie au lieu d’assumer le travail de l’éveil. Nous qui ne donnons pas de fruits lorsque nous nions la moitié de nous-mêmes et que nous affamons dedans et dehors, les trois-quarts de nous-mêmes et de la planète. Nous qui n’avons jamais demandé pardon à nos victimes, nous qui jouons les amnésiques et continuons encore à alimenter les torrents de boue de l’histoire, de l’Histoire…

Nous avons pourtant tellement besoin de ceux que le monde continue à broyer… Tous ceux qui se laissent encore traverser par la vie, la nuit et le jour, l’ombre et la lumière, le mystère infini, tous les peuples et les êtres encore reliés à la nature. Le monde dit « civilisé » achète, consomme. Si possible, il faut que tout soit très accessible et pas cher. Il nous faudrait écrire des livres faciles, bien « pré mâchés », à la portée de tout le monde, écouter des musiques qui ne bousculent aucune oreille, manger des plats dépourvus de caractère et d’identité… et puis quoi, encore ? Nous n’arriverons pas mieux à vivre ensemble en annulant nos différences, ce n’est pas une bonne route, ce n’est pas une solution vivable. Je partage le point de vue de Rilke qui demande au jeune poète de s’en tenir au difficile et de l’ange de Gitta dans les « Dialogues » qui nous dit qu’il n’y a rien de plus torve, de plus vain, que de vouloir être toujours bon, gentil, et de ne vouloir voir du monde que la partie lisse et brillante... Qui sont véritablement les esclaves ?

Se mettre debout, faire le tour de soi-même est « chair », cher, jamais facile, jamais conquis d’avance. Se réaliser, extraire la lumière de nos épreuves, exige tout de nous, l’intrépidité et la prudence, la patience, l’ardeur, l’amour, le courage d’une rencontre avec le plus sombre de soi, le moins domestiqué… Et sans doute d’avoir traversé des nuits sans lumières, la mort et la renaissance, le nombre de fois nécessaire.

Je viens de relire le voyage d’Ulysse et j’ai été surprise du décalage entre mon souvenir et la vérité, ou plutôt la complexité du voyage. Dans ma mémoire, il y avait les bons et les méchants, les évènements étaient blancs ou noirs, bons ou mauvais. En réalité, même Circé la magicienne se transforme, elle est d’abord sorcière, mais ensuite elle devient fée, chaque étape et chaque épreuve est à la fois source de mort et de vie. Encore une fois, ce sont les mêmes forces qui tuent la chenille à l’état de chenille et forment le papillon. Les mêmes forces. Calypso, qui pourrait sembler meilleure que Circé ne laisse repartir Ulysse que contrainte et forcée par les dieux, pourtant, elle ne donne que bonheur sans liberté, amour sans altérité…

Et puis, il y a tous ces « dévoreurs », du cyclope Polyphème, fils de Poséidon à Charybde et Scylla, et bien d’autres pour ne citer que les plus connus. Par ailleurs, c’est bien Ulysse, par son caractère immature et coléreux, qui s’attire les foudres de Poséidon en se laissant posséder par son orgueil et son désir de revanche sur le cyclope Polyphème, le grand cyclope à l’œil unique, planté au milieu du front.

Ce sont les problèmes d’ego d’Ulysse, ses problèmes « d’inflation » qui ont provoqué la malédiction des dieux, c’est-à-dire, un mauvais rapport à l’inconscient, et à la vie elle-même. Si Ulysse avait eu la victoire plus modeste et ne s’était pas moqué de Polyphème en lui criant son nom et sa haine au moment de sa fuite en bateau, Polyphème serait resté piégé et impuissant devant la ruse d’Ulysse qui, après lui avoir crevé l’œil, lui avait dit s’appeler Personne…, et il serait tranquillement rentré chez lui.

Il n’y aurait pas eu d’histoire à raconter !!!

N’oublions pas que c’est le fils de Poséidon qu’insulte Ulysse en commettant la grave erreur de lui donner son nom, son nom héroïque…

Le voyage d’Ulysse nous conte donc le chemin qui mène de l’orgueil de braver un dieu, (l’inflation qui en résulte, la naïveté et la possession de l’ombre qui va avec, la malédiction) à celui de l’humilité du retour à la vie humaine, pour qu’alors le travail puisse s’opérer dans le creuset de cette coupe humaine. Cette coupe humaine peut prendre alors l’allure d’une prison, d’un cercueil, le temps nécessaire à la renaissance.

Ce que nous allons rencontrer dans ce voyage d’Ulysse ne sera en premier lieu que les facettes d’ombre de la psyché du voyageur, coupé de lui-même, et donc des forces naturelles de la vie. L’identification à un archétype est une des maladies, une des possessions les plus dangereuses. Je me suis aperçue que ces problèmes d’inflation, (perte de ses limites humaines) sont récurrents dans plusieurs mythes fondateurs.

Tobie, dans la Bible, passe son temps à regarder le ciel et à enterrer les morts au lieu de vivre simplement sa vie humaine, Osiris chez les Égyptiens semble bien fier et sûr de lui au point de s’attirer les foudres de son frère Seth… L’ombre semble intervenir lorsque nous ne sommes plus dans une juste place humaine, que nous faisons des confusions, que nous ne vivons, ne portons plus notre identité, notre vulnérabilité, que nous renions notre sensibilité.

Le refus de notre ombre est-il un rejet de notre pâte humaine ? De nos instincts ? Est-ce de notre refus que se forme et se nourrit « l’adversaire » ? L’initiation peut donc être l’occasion ultime de trouver sa place et c’est vrai pour toute épreuve, grave maladie, perte d’un être cher, crise intérieure, dépression… et parfois même tout évènement ou comportement qui nous fait violence, nous « croise ».

Le malheur nous forge et nous forgeons notre malheur, jusqu’au moment sans doute où nous n’en avons plus besoin. Nous sommes souvent très attachés à nos malheurs, peut-être avons-nous l’impression que cela nous donne de l’épaisseur, de la profondeur, le « personnage » en nous se repaît de tout ce qui a été tragique dans notre passé… Et nul n’a été vraiment épargné.

Certaines analyses tournent en boucle autour des tragédies passées sans nous indiquer une voie possible vers notre créativité et l’évolution naturelle de toute forme de vie… Ce qui est pourtant le but premier.

Par ailleurs, notre bon sens nous souffle qu’il n’y a pas de lumière sans ombre, d’été sans hiver, de vie sans mort et de mort sans vie, et qu’il en sera toujours ainsi tant que nous serons en vie sur terre… Que nous avons tout intérêt à prendre la vie comme elle vient, avec ses bons et ses mauvais côtés, ses jours de soleil et ses jours de pluie. La vie sauvage et naturelle en nous sera bien plus le trésor à trouver, que la part du mal à arracher.

Ulysse, dans son problème d’inflation, possédé par son désir de vengeance, avait sans doute perdu son contact enraciné et créatif avec sa terre Ithaque, et il a dû reconquérir sa place par un long et difficile voyage qui a tout exigé et transformé en lui. Non seulement il retrouvera sa terre, mais aussi son épouse Pénélope… Ulysse, héros masculin et orgueilleux, unilatéral dans sa façon de conquérir et de soumettre la nature, va devenir au fil des épreuves, capable d’entendre, de recevoir et de faire, avec la vie, plutôt que contre. Comme nous. Comme chacun de nous a à le faire, personnellement et collectivement. Nous en serons capables, ou nous mourrons. Nous serons capables de vivre les uns avec les autres, ou nous nous détruirons. L’humanité ne vivra que si elle trouve l’amour.

Relire la vie d’Ulysse m’a rappelé le jeu de la vie, qu’il n’y a guère d’acquis… Que tout peut être remis en question à chaque instant, que ce qui est bon un temps ne l’est pas forcément définitivement …

Qu’il nous faut vivre avec l’impermanence, l’aimer, cultiver le mouvement plutôt que le pouvoir ou la sécurité, souvent lâcher, renoncer à comprendre, éprouver et sentir, accepter de rester là, à jubiler nos grâces et à souffrir nos pertes… à devenir vivants, et en vivant devenir plus humains.

Car l’histoire nous conte ceci, comment cheminer de la guerre et de tous nos désirs de vengeance et de puissance à la paix du cœur, à vivre ici et maintenant, apaisés et allégés des circonstances ou de tout ce qui nous a fait violence dans notre passé, sans pour autant oublier… Comme si tout cela, et même le plus difficile, faisait partie de ce que nous avions à traverser, faisait partie de nous-mêmes, de notre culture, sans pour autant que nous soyons des captifs du passé, des fantômes, de l’ombre ou de la lumière. Car c’est en acceptant la terre, ou parfois en étant « terrassé », que l’on découvre que nous ne sommes pas que terre. Ce n’est pas en planant au-dessus de la terre et de notre condition humaine, c’est en prenant corps et en fondant notre humanité.

Circé, Calypso et les femmes de la route dont Ulysse s’éprend, ou plutôt qui s’éprennent d’Ulysse, ne sont pas encore tout à fait humaines. Le chemin va être long pour retrouver Pénélope.

Encore une fois, nous ne sommes pas des êtres humains qui cherchons à être spirituels mais des êtres spirituels qui tentons d’être humains.

Ici commence un vrai travail de connaissance de soi-même et des forces qui nous traversent. C’est à cette connaissance de soi, de l’âme, de l’homme, que je donne ma force et ma créativité pour continuer ce que bien d’autres ont commencé et travaillé depuis la nuit des temps : la quête de la réalité, la connaissance de soi, et l’espérance d’un devenir plus humain…

Lorsque je regarde les épreuves qui ont marqué ma vie, que je regarde les épreuves que traverse notre monde, que je regarde Ulysse, je vois des résonances et des similitudes, des leçons de vie, des « plans de route » que je vous propose de lire et réfléchir ensemble.

Alors ce retour de « l’éternel retour » est un réel passage sur un autre plan de l’être, et non une éternelle redite de cycles qui se suivent et se répètent sans jamais rencontrer la source.


" Les Affranchis " désormais disponibles chez l’Harmattan. Vous pouvez également lire un extrait de Voyager sa vie, manuscrit pour lequel je suis en recherche d’un éditeur. Vous pouvez me communiquer tous vos ressentis, réactions ou idées en cliquant ici.



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